Le Centre Ouest Africain de Formation et d’Etudes Bancaires (COFEB) a organisé, le mercredi 2 septembre 2026 à partir de 15H GMT, une conférence-actualité en ligne sur le thème « Les systèmes bancaires et financiers à l’ère du changement climatique : enjeux et défis de la finance verte ». Cette conférence a été animée par Monsieur Amadou SY, Économiste au Fonds Monétaire International (FMI), Directeur Adjoint au Département Afrique, Spécialiste des systèmes financiers et des économies africaines. La présidence et la modération de cette conférence ont été assurées par Madame Akuwa DOGBE AZOMA, Directeur Général du COFEB.

Dans son mot d'ouverture, Madame AZOMA a mis en exergue l'urgence de la problématique du changement climatique, rappelant qu’il constitue une menace systémique pour la stabilité financière et les équilibres macroéconomiques, exigeant une refonte des politiques publiques et financières. Elle a relevé la première émission obligataire à objectifs de développement durable de l’Afrique, de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), qui a mobilisé quatre cent quatre-vingt-douze (492) milliards de FCFA en 2021, pour soutenir des projets à fort impact environnemental et social. Au titre des initiatives prises par l’Institut d’émission, elle a rappelé que la BCEAO a intégré, dès 2019, le Groupe de travail de l’Alliance pour l’inclusion financière sur la finance verte inclusive, et a rejoint le Réseau pour le Verdissement du Système Financier (NGFS) en 2020, pour contribuer au développement de la gestion des risques environnementaux et climatiques dans le secteur bancaire de l’UMOA. A cet égard, la Banque Centrale a mis en place un Comité de Politique Climat en 2023 avec un objectif majeur, doter la BCEAO d’une Stratégie climat adaptée aux spécificités de l’Union.

Dans son exposé, Monsieur Amadou SY a souligné les risques macroéconomiques et financiers majeurs que représentent le changement climatique, qui ont un impact sur la croissance, l’inflation, les finances publiques et la stabilité financière, particulièrement dans les économies en développement, en raison de leur vulnérabilité structurelle. Ils affectent le système financier (banques, assurances, marchés) en dégradant la capacité de remboursement des emprunteurs en exacerbant les risques opérationnels et de liquidité.

Les effets macroéconomiques des chocs climatiques se transmettent à l’économie à travers plusieurs canaux. Concernant la croissance et la productivité, ils peuvent entraîner une baisse de la production agricole, des dommages aux infrastructures et au capital ainsi qu’une réduction de la productivité du travail. Au niveau des finances publiques et de la dette, la diminution des recettes est couplée avec une augmentation des dépenses d’aide, de reconstruction, de subvention et d’adaptation. Le secteur externe peut également être affecté à travers les exportations, les importations, les prix relatifs et les pressions sur les taux de change.

La prise en compte de ces risques appelle une adaptation des politiques macroéconomiques et des dispositifs de supervision financière. En matière de politique monétaire, l’identification de la nature, de l’ampleur et de la persistance des chocs climatiques est essentielle pour apporter une réponse appropriée à leurs effets sur les prix. Sur le plan prudentiel, les priorités portent notamment sur la cartographie des expositions, l’analyse des vulnérabilités, le renforcement de la gouvernance, de la gestion des risques et de l’intégration progressive du climat dans la supervision. Les tests de résistance climatique constituent également un outil de diagnostic, même si leur utilisation demeure confrontée aux limites relatives aux données, aux modèles et aux horizons temporels considérés.

Le financement de l’adaptation et de la transition constitue un défi majeur pour les économies africaines. Les contraintes ne portent pas uniquement sur le volume des ressources disponibles, mais également sur l’accès au financement, le partage des risques, la disponibilité de projets bancables et la faible profondeur des marchés de capitaux locaux et régionaux. En 2020, l’Afrique subsaharienne a reçu environ seize (16) milliards de dollars de financements climatiques concessionnels, alors que les besoins annuels de financement sont estimés à cinquante (50) milliards de dollars pour l’adaptation d’ici 2050 et à cent quatre-vingt-dix (190) milliards pour l’atténuation jusqu’en 2030. Les ressources publiques et concessionnelles devraient jouer un rôle catalytique à travers notamment les garanties, le financement mixte, les mécanismes de première perte et de partage des risques, afin de favoriser une mobilisation accrue des capitaux privés.

La résilience climatique repose sur une meilleure inclusion financière et sur l’approfondissement des marchés financiers. L’accès des ménages, des agriculteurs et des Petites et Moyennes Entreprises (PME) aux services financiers, à l’assurance, au crédit et aux solutions numériques renforce leur capacité à faire face aux chocs. Le développement des instruments en monnaie locale, l’élargissement de la base des investisseurs et le recours aux institutions de développement pourraient également contribuer à accroître les ressources disponibles pour financer les investissements d’adaptation et de transition.

Au terme de l’intervention de Monsieur SY, les échanges et débats ont mis en lumière le lien systémique et complexe entre changement climatique et stabilité financière, notamment à travers la fragilisation des finances publiques causée par la baisse des recettes et la progression des dépenses. Cette réduction des marges budgétaires des Etats menace la viabilité de la dette et la solidité des banques détentrices des titres souverains. Il a été indiqué la nécessité d'une réforme fiscale proactive et l'optimisation des ressources pour soutenir l'adaptation, en explorant des leviers innovants comme la valorisation des ressources africaines sur le marché carbone et les mécanismes de « Debt for Nature Swaps ».

En définitive, le renforcement de la résilience des économies africaines repose sur (5) cinq orientations complémentaires : (i) mieux comprendre les risques climatiques, (ii) protéger les populations et les actifs, (iii) renforcer les institutions, (iv) mobiliser davantage de financements et (v) approfondir l’intégration des marchés régionaux. Leur mise en œuvre requiert notamment des institutions crédibles, des données de meilleure qualité, une discipline budgétaire, une plus grande inclusion financière et un soutien international à effet catalytique.

Soyez les premiers à être informés

Contact
Avenue Abdoulaye FADIGA - BP 3108 Dakar - Sénégal
contact-cofeb@bceao.int
Phone : 00 221 33 839 05 00